"L’avenir n’est pas donné d’avance. Si tous les futurs ne sont pas possibles, si l’épreuve du réel ne permet pas tous les rêves, le possible ne se déduit pas non plus mécaniquement de la réalité présente. Il est ouvert et multiple, il se crée. A nous de décider ce qu’il doit être sans nous laisser enchaîner aux seules nécessités du présent …
La démocratie ne vit que d’inventer les possibles".
Lionel Jospin
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Pour Alain Bazot, président de l’UFC-Que Choisir, le Parti socialiste n’a pas encore su prendre la mesure du rôle politique du consumérisme, ni s’appuyer sur les valeurs et les
intérêts, notamment dans le domaine social et environnemental, que les militants de ces associations défendent.
L’UFC-Que Choisir est une association de loi 1901 créée en 1951. C’est une fédération de 167 associations locales réparties sur tout le territoire, créées, animées et développées
par des bénévoles et qui rassemble 140 000 adhérents. En 1961, l’association éditait le premier numéro de sa revue sans aucune publicité,
Que Choisir, aujourd’hui acheminée à 480 000 abonnés. L’association que je préside est, parmi d’autres naturellement, un des nombreux acteurs intermédiaires de la société civile dont on
dit souvent qu’ils sont un maillon indispensable de la démocratie : un corps qui rend un service de proximité à 150 000 citoyens/consommateurs par an dans tous les territoires, qui produit de
l’information, active des débats, avance des propositions. Un corps qui fait de la politique en somme.
Paradoxalement, la classe politique tout entière, à laquelle appartient le Parti socialiste, n’a jamais, au-delà d’une reconnaissance de convenance ou teintée d’opportunisme, voulu reconnaître le
rôle politique du consumérisme.
Mieux, la classe politique a minutieusement miné le mouvement consumériste dans l’étouffoir d’instances inefficaces et inaudibles (dont le Conseil national de la consommation est l’archétype), et
par la dilution de son mouvement en 18 organisations nationales agréées, d’origine syndicale, familiale et autres. Dire cela, ce n’est pas faire injure aux syndicats, car la France a besoin tout
à la fois de syndicats de salariés forts et d’un mouvement consumériste puissant et donc recentré sur ses associations dont c’est la véritable histoire, la légitimité et la compétence.
Le Parti socialiste, comme toute la classe politique, n’a jamais eu le courage de mener la réforme institutionnelle du consumérisme.
À vrai dire, je ne sais même pas s’il en a déjà eu l’idée. Les programmes des candidats PS à la candidature à l’élection présidentielle, et a fortiori le programme de la candidate, ont totalement
fait l’impasse sur le fonctionnement, l’avenir, le rôle positif et possiblement réformateur du mouvement consumériste.
En clair, le Parti socialiste n’a jamais pris au sérieux le mouvement des consommateurs.
Car le Parti socialiste, si l’on excepte les initiatives de certains de ses membres élus, a toujours relégué les associations au rang d’acteurs de seconde zone, dont le rôle quasi exclusif est de
dénicher la petite arnaque ou de traiter les cas individuels.
Je ne renie pas cette fonction, loin de là, mais aucune réflexion globale et aboutie n’a été menée par le Parti socialiste sur la multiplication des litiges de masse et la difficulté de faire
valoir ses droits individuellement, difficulté accompagnée du sentiment légitime d’être dans une société qui accepte le déséquilibre des forces et toutes ses conséquences.
Rien non plus sur les conditions à réunir pour permettre au consommateur de devenir le ministre de sa propre consommation, le maître de ses choix, alors que cette maîtrise conditionne sa qualité
de vie, active le jeu concurrentiel sur les marchés et oriente les stratégies et les pratiques des entreprises, y compris dans le domaine social ou environnemental.
Rien sur l’existence même d’une collectivité des consommateurs comme entité qui, au-delà de sa grande hétérogénéité de composition, partage, dans cet espace, des valeurs et des intérêts
communs.
Croyez-moi, je ne suis pas en train d’inventer ici une dimension politique nouvelle de circonstance au consumérisme porté par l’UFC-Que Choisir, de composer une tribune politicienne. Il faut lire
les mots du fondateur de l’UFC-Que Choisir, André Romieu, en 1951, pour mieux s’en convaincre : « Choisir, c’est préférer, c’est aussi renoncer. C’est préférer la qualité au
nombre, la durée à l’instant, la sauvegarde de la nature à son exploitation, le bien commun à la convenance de certains. Ce n’est pas tenir pour légitime tout ce qui est techniquement faisable et
économiquement rentable. » J’y vois les contours d’une utopie concrète, d’un idéal pragmatique qui nous a inspiré et continue de le faire 60 ans après.Tout un programme en somme !
Ce pragmatisme, fondé sur l’expertise rigoureuse des situations, nous a d’emblée éloigné de tout encrage dogmatique.
Sur la question qui vous préoccupe tant des avantages et des inconvénients du libre marché comme principe organisateur, nous avons gardé la liberté de soutenir sans complexe ce mode
d’organisation dans certains cas et de le rejeter dans d’autres. L’UFC-Que Choisir a défendu l’ouverture à la concurrence de la boucle locale de France Télécom mais a contesté
celle du marché des renseignements téléphoniques (les numéros 118) et dénonce l’erreur historique de l’ouverture du marché de l’électricité, une position fondée exclusivement sur l’analyse
incontestée qui démontre que la liberté des prix aboutirait à une forte augmentation des tarifs au seul bénéfice des fournisseurs.
Il me semble que le Parti socialiste n’a pas aujourd’hui cette liberté, sans avoir le sentiment de perdre en cohérence,de pouvoir à la fois soutenir le marché ou le récuser selon le contexte et
les enjeux ; ni même d’inventer les nouvelles formes de régulation nécessaires.
Je crois savoir que votre parti est engagé dans un mouvement de refondation auquel je souhaite bonne chance. Je forme le voeu qu’elle soit pour vous l’occasion de nourrir une nouvelle et
véritable ambition pour le consumérisme et donc pour les consommateurs.
Alain Bazot,
président de l’UFC-Que choisir
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