"L’avenir n’est pas donné d’avance. Si tous les futurs ne sont pas possibles, si l’épreuve du réel ne permet pas tous les rêves, le possible ne se déduit pas non plus mécaniquement de la réalité présente. Il est ouvert et multiple, il se crée. A nous de décider ce qu’il doit être sans nous laisser enchaîner aux seules nécessités du présent …
La démocratie ne vit que d’inventer les possibles".
Lionel Jospin
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Cette remarque de la Cour est particulièrement assassine, parce qu'elle pointe discrètement la faible efficacité de la baisse des impôts et cotisations sociales poursuivie sans relâche par le gouvernement : au lieu du surplus de croissance promis, dans la bonne tradition de « l'économie de l'offre » - réduisez les impôts et vous verrez l'activité se développer -, la France a connu, dans la période 2003-2007, une croissance économique cumulée inférieure à celle des pays de la zone euro qui, eux, ont augmenté les prélèvements...
Au total, la dette publique mesurée en proportion du PIB a encore augmenté, atteignant 63,9 % du PIB en 2007 (contre 63,6 % l'année
précédente), ce qui représente 1 210 milliards d'euros (19 000 € par habitant, 47 000 € par actif occupé). Et ceci alors même que le coût de la dette est en train de progresser sensiblement, du
fait de la remontée des taux d'intérêt : la charge de la dette a atteint 51,8 milliards d'euros en 2007, en progression de 12 % en un an. Or la hausse des taux d'intérêt est appelée à
se poursuivre, voire s'accélérer en 2008, du fait de la résolution affirmée de la Banque centrale européenne de lutter contre l'inflation.
En outre, l'essentiel des allégements d'impôts et de cotisations sociales décidés en 2007 (le « paquet fiscal ») sera effectif en 2008 seulement. Bref, cette année va être, du point de vue du déficit public, une « année horrible », pour reprendre l'expression d'Elizabeth II à propos des déboires conjugaux de sa famille : soit l'Etat fera tout pour atténuer la tendance au ralentissement économique qui se confirme, et le déficit se creusera encore, soit l'Etat respectera ses engagements européens et c'est la croissance qui plongera et le chômage qui reprendra. Il va donc falloir choisir entre Charybde - le creusement du déficit au-delà des 3 % du PIB, alors même que la France préside l'Union européenne - et Scylla - une dépense publique comprimée alors même que la conjoncture requiert qu'on lui lâche la bride.
L'inflation, heureusement ose-t-on ajouter, pourrait permettre de concilier les inconciliables en 2008, en gonflant les ressources de l'Etat (la TVA et l'impôt sur le revenu essentiellement) sans que les dépenses de personnel et les prestations sociales suivent, au moins dans l'immédiat. Mais même dans ce scénario, on n'aura gagné qu'un an, sur le dos des fonctionnaires et des bénéficiaires de prestations sociales qui, ayant vu le pouvoir d'achat laminé en 2008, exigeront un rattrapage l'année suivante.
Conclusion de la Cour : « Comme déjà au cours des cycles précédents, la France n'a pas suffisamment exploité la croissance
européenne des années 2006-2007, qui ont vraisemblablement constitué le sommet d'un cycle économique, pour redresser sa situation financière. Cette particularité dans la gestion des finances
publiques au cours du cycle se lit dans le maintien du déficit structurel [le déficit qui existerait avec une conjoncture normale et sans mesure exceptionnelle] très près de 3 % du
PIB, alors qu'il est estimé à 0,2 % en moyenne dans les autres pays de la zone euro. De ce fait, tout affaiblissement de la conjoncture risque de faire passer le besoin de
financement des administrations publiques au-dessus de 3 % du PIB [seuil que les pays de l'Union européenne se sont engagés à ne pas dépasser] ».
En clair, la France a grillé ses cartouches avant même que (l'éventuelle) bataille commence. Ou, si l'on préfère une métaphore moins guerrière, elle a joué les cigales et risque de se trouver fort démunie si l'hiver devait revenir. Or, il revient ...
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