Ma devise

"L’avenir n’est pas donné d’avance. Si tous les futurs ne sont pas possibles, si l’épreuve du réel ne permet pas tous les rêves, le possible ne se déduit pas non plus mécaniquement de la réalité présente. Il est ouvert et multiple, il se crée. A nous de décider ce qu’il doit être sans nous laisser enchaîner aux seules nécessités du présent … 

 

La démocratie ne vit que d’inventer les possibles". 

  

Lionel Jospin

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Vendredi 26 juin 2009
 

 
 
Après chaque défaite, le temps de l'incantation revient et les socialistes psalmodient "rénovation, révolution, refondation", autant pour effacer leurs erreurs passées que pour se protéger d'un avenir qu'ils ne parviennent plus à préparer
.
 
 

Nos fautes et nos insuffisances sont pourtant d'autant mieux connues qu'elles sont collectives : les divisions jusqu'à l'absurde, la confrontation permanente des ambitions, les postures individuelles qui empêchent les positions communes et, partant, le manque de travail, d'imagination et de courage pour renouveler notre vision du monde et nos propositions. Seule une terrible surdité pourrait nous empêcher d'entendre le message de ces élections européennes : nos comportements exaspèrent les Français, qui exigent de savoir de quel projet nouveau et enthousiasmant les socialistes sont porteurs. Ils nous ont intimé l'ordre de changer, et vite. Sans ce sursaut, nous ne susciterons même plus l'énervement de nos concitoyens, nous les laisserons indifférents.

 

 

Comme souvent dans les cas de dépression profonde, il n'y a pas d'explication unique. Au-delà de la crise d'identité de la social-démocratie européenne, le PS français reste confronté à une épreuve spécifique, institutionnelle : la Ve République, dont l'avatar le plus récent est l'hyperprésidentialisme de Nicolas Sarkozy. Or, face à la présidentialisation du régime, le PS a glissé vers une forme dangereuse d'alignement : nombre de ses animateurs sont trop souvent liés par un unique point commun, l'ambition présidentielle que chacun se croit fondé à nourrir. Ces présidentiables, ou qui se croient tels, concentrent leur énergie dans la recherche d'un outil qui les départagera dans leur course sans fin, tandis que les militants socialistes devraient se contenter d'attendre le nouveau champion.

 

 

En réalité, ce que révèle le débat naissant sur les primaires, ce sont nos faiblesses, et non le début de la rénovation : la paresse intellectuelle, la mauvaise imitation de ce qui se fait ailleurs, l'obsession de nous-mêmes et le goût destructeur pour les affrontements de personnes. Plutôt que d'entendre le message des Français, allons-nous une nouvelle fois nous replier sur notre vie interne, nos procédures et l'exacerbation de la compétition entre les ego ?

 

 

Au regard des grands défis de la gauche, les primaires sont finalement assez secondaires, comme l'enseigne l'expérience italienne. Dans un contexte de rassemblement, elles ont vu Romano Prodi l'emporter face à Berlusconi. A l'inverse dans un contexte de division, elles n'ont pas été la formule magique de la victoire pour Walter Veltroni. Les primaires ne sont qu'un instrument alors que le PS a besoin de retrouver une vision.

 

 

GUERRES PICROCHOLINES

Car le temps est venu pour le PS de changer. Plutôt que d'inviter les citoyens à prendre part à nos guerres picrocholines, il est primordial de construire un projet de société, radicalement nouveau, pour la France. Il est clair que le PS ne peut préparer 2012 en vase clos et doit s'ouvrir. S'il a besoin de primaires, c'est d'abord de primaires du projet, un grand projet élaboré par tous ceux qui veulent redresser la gauche. A cet égard, il est urgent de casser le mur qui nous sépare des intellectuels, des associations, des syndicats, des énergies de la société, en particulier les jeunes et les classes populaires, dont l'abstention massive est une raison clé du résultat du 7 juin.

 


Nous devons mettre en débat avec les citoyens les réponses à apporter aux questions essentielles, comme l'invention d'une nouvelle croissance, l'urgence environnementale, la redistribution efficace, la régulation de la mondialisation, le pouvoir dans l'entreprise, le malaise de la jeunesse et la crise de l'école, la société numérique, le nouvel horizon des droits et des libertés.

 

 

Notre projet devra, ensuite, trouver à s'incarner. Mais les socialistes doivent se méfier du culte de l'homme providentiel : le bonapartisme de l'UMP est contraire à notre identité et à nos valeurs. Les déconvenues du MoDem montrent les limites des aventures personnelles. Le premier des socialistes pour l'élection présidentielle sera aussi celui ou celle qui, le mieux, aura compris l'absolue nécessité de faire vivre un élan collectif et de lever une armée de talents face à la droite, en particulier en s'appuyant sur une nouvelle génération, à l'image de la société et capable de ferrailler contre l'UMP autant que d'irriguer le parti d'idées neuves. Il n'y a désormais qu'un chemin pour le PS, celui du travail, de l'inventivité, de l'unité et de l'ouverture radicale à la société. La claque du 7 juin ne doit pas nous assommer mais nous réveiller.

 

 

Harlem Désir est député européen, secrétaire national du PS à la coordination.

Article paru dans l'édition du 27.06.09.
Par Le socialiste eNGagé - Publié dans : Rénovation du PS - Communauté : Les blogs socialistes
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